FileFits
6 min

PDF trop lourd : que faire, et jusqu’où on peut le réduire

La cause n’est presque jamais « le PDF », c’est ce qu’il y a dedans. Le test de dix secondes pour savoir si vous avez un scan ou du texte, jusqu’où la compression peut descendre, et quoi viser pour un mail, un portail ou l’impression.

Le portail accepte 2 Mo et votre fichier en pèse 14. Avant d’ouvrir un compresseur, posez-vous la seule question qui compte : qu’y a-t-il dans ce PDF ? Ce n’est presque jamais « le PDF » qui est lourd, c’est ce qu’on a mis dedans.

Un contrat de dix pages exporté depuis Word tient souvent en quelques centaines de kilo-octets. Le même contrat imprimé, signé, puis scanné peut peser dix ou quinze fois plus, parce qu’il ne contient plus une seule lettre : ce sont dix photographies de pages. Les deux portent l’extension .pdf et n’ont rien à voir.

Le test de dix secondes : essayez de sélectionner le texte

Ouvrez le document, cliquez au milieu d’un paragraphe et faites glisser la souris.

  • Le texte se surligne mot à mot : c’est un PDF texte. Il est déjà léger, ou bien ce sont des images insérées qui l’alourdissent. La compression ne touchera pas aux lettres.
  • Rien ne se surligne, ou la page s’attrape d’un seul bloc : c’est un PDF image. Chaque page est une photographie, et chaque méga-octet gagné se paiera en netteté.

Ce test conditionne tout le reste. Dans le premier cas, compressez sans trop réfléchir. Dans le second, vous dégradez une image, et il existe un point au-delà duquel le document devient illisible.

Les trois causes d’un PDF trop lourd

Le scan, cause numéro un

Un scanner réglé sur couleur et sur une résolution élevée produit, pour une simple facture en noir et blanc, une image de plusieurs millions de pixels par page. Deux réglages font l’essentiel du travail : numériser en niveaux de gris plutôt qu’en couleur, et rester dans une résolution raisonnable. Pour un justificatif lu à l’écran ou réimprimé en A4, 200 à 300 ppp suffisent ; au-delà, vous stockez du détail que personne ne regardera.

Les photos collées sans redimensionnement

Une photo de téléphone fait facilement 4 000 pixels de large. Insérée dans un rapport et affichée sur huit centimètres, elle paraît petite, mais le PDF garde tous ses pixels. Dix images de ce type et le document pèse des dizaines de méga-octets, dont le texte ne représente qu’une miette.

Les polices et objets incorporés

Un PDF embarque les polices utilisées, parfois en entier, et conserve miniatures, champs de formulaire, calques de transparence et métadonnées d’export. La documentation Adobe sur l’optimisation avancée range d’ailleurs ces éléments dans des panneaux distincts — Images, Polices, Transparence. Ces gains se comptent en kilo-octets : utiles pour passer de 2,3 Mo à 1,9 Mo, sans effet face à un scan de 30 Mo.

Ce que fait vraiment la compression

La page d’Adobe consacrée à la compression de PDF le dit sans détour : elle réduit la résolution des images par rééchantillonnage et supprime les données redondantes. Autrement dit, elle jette des pixels. Adobe propose trois niveaux — élevée, moyenne, faible — et précise qu’avec Acrobat Pro on fixe soi-même la valeur en ppp des images en couleur, en niveaux de gris et monochromes : c’est le réglage qui compte pour un scan.

Quelques ordres de grandeur, tout dépendant du document :

  • PDF texte : déjà petit, et la compression n’y gagne presque rien, faute d’images à rééchantillonner.
  • Scan en couleur : le passage en niveaux de gris divise souvent le poids par deux ou trois, sans perte visible sur un document écrit en noir.
  • Scan déjà en gris : on peut encore diviser par deux ou trois avant que les petits caractères — numéros, dates, tampons, mentions de bas de page — ne commencent à baver.
  • En dessous, vous gagnez encore des kilo-octets, mais vous fabriquez un document que l’agent qui l’ouvrira ne pourra pas lire.

Si vous avez une cible précise, visez-la directement plutôt qu’à tâtons : compresser un PDF à 2 Mo ou à 1 Mo reste confortable pour un scan de quelques pages ; descendre à 500 ko ne se tente que sur un document court ou déjà en noir et blanc.

Quelle limite viser selon la destination

Pour un e-mail

ServiceLimite annoncée par l’éditeurAu-delà
Gmail25 Moun lien Google Drive remplace automatiquement la pièce jointe
Outlook.com, le service web25 Mofichier partagé depuis OneDrive, jusqu’à 2 Go
Outlook, le logiciel installé20 Mo, 10 Mo sur un compte Exchangelien vers un espace de stockage

Attention : ces chiffres viennent de deux pages différentes de l’aide Microsoft. Celle du service Outlook.com annonce 25 Mo par pièce jointe et 2 Go via OneDrive. Celle du logiciel Outlook annonce 20 Mo pour les comptes de messagerie Internet, 10 Mo pour Exchange — et attribue au passage 20 Mo à Gmail, alors que l’aide Gmail indique 25 Mo. Depuis le logiciel installé, retenez la valeur la plus basse.

Pour un téléversement sur un portail

La limite varie d’un portail à l’autre, et elle est écrite sur la page d’envoi : lisez-la avant de compresser quoi que ce soit. Certaines sont larges — la documentation de demarches-simplifiees.fr indique 200 Mo par champ, mais 20 Mo et uniquement en .jpg, .jpeg ou .png pour le champ réservé au titre d’identité. D’autres plafonnent à quelques méga-octets par fichier. Quand le plafond porte sur le fichier et non sur le dossier, ne tassez pas tout : découpez le PDF en plusieurs envois, ou regroupez vos pièces si le portail n’accepte qu’un document.

Pour l’impression

C’est le cas où il ne faut justement pas compresser. Une imprimerie a besoin de pixels ; un scan rééchantillonné pour tenir dans un e-mail ressort avec des caractères empâtés, et le défaut n’apparaît qu’une fois le papier sorti. Si le fichier est trop lourd à envoyer, transmettez un lien et gardez l’original pour l’impression.

Sur Mac : Aperçu et le filtre Quartz

Aperçu réduit un PDF sans rien installer : Fichier, Exporter, puis le menu local Filtre Quartz et l’option Réduire la taille du fichier. L’aide d’Apple prévient elle-même que le PDF compressé peut être de qualité inférieure à l’original et que le résultat varie selon les options retenues ; elle propose aussi le PDF linéarisé et l’optimisation des images pour l’écran. Le filtre Quartz n’a aucun réglage intermédiaire : il tape fort, et sur un scan souvent trop fort.

Quand il vaut mieux re-numériser que compresser

Si le scan a été fait en couleur et à haute résolution au cas où, le bon geste n’est pas de compresser : c’est de recommencer, en niveaux de gris, à 200 ou 300 ppp. Vous obtenez un fichier léger et net, au lieu d’un fichier léger et flou. Une fois les pixels jetés, ils ne reviennent pas : un outil recadre, convertit et compresse, il ne redessine rien.

Pour un justificatif, l’enjeu n’est pas le poids mais la lisibilité. Un document illisible fait suspendre ou rejeter le dossier, et aucun réglage ne garantit qu’une pièce sera acceptée : c’est l’administration qui tranche. Gardez le fichier le plus lisible qui passe sous la limite, pas le plus petit que vous sachiez produire.

Si vos justificatifs sont des photos et non des scans, il est plus simple de les convertir en PDF sous une taille donnée que de compresser ensuite un PDF déjà fabriqué. Tous ces outils travaillent dans votre navigateur : les fichiers ne partent sur aucun serveur.

Plus d’articles